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Les rites autour de la fertilité à travers l’histoire

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Si depuis l’origine du monde, le désir d’enfant, malgré les obstacles, guide invariablement l’action humaine, la façon d’aborder la fertilité a nettement évolué. Aujourd’hui, la PMA (procréation médicalement assistée), utilisant les techniques de l’IA (insémination artificielle) ou de la FIV (fécondation in vitro), emporte l’adhésion et la confiance des futurs parents. Il n’en a pas toujours été ainsi. Les témoignages du passé fournissent de multiples exemples de croyances et de coutumes autour de la fertilité, dont certaines perdurent de nos jours. Sur tous les continents et à chaque période de l’histoire, superstitions, légendes et rituels ont accompagné les femmes pour exaucer leur envie de maternité.

Les poupées de fertilité en Afrique

Une légende raconte que dans des temps très anciens, la jeune Akua, confrontée à l’infertilité, fit sculpter, sur le conseil du guérisseur du village, un petit enfant qu’elle devait porter, nourrir et traiter comme son propre bébé. Grâce à cette poupée de bois, la jeune femme tomba enceinte. Suivant son exemple, d’autres femmes dont la grossesse tardait à venir ont adopté l’Akua Ba (l’enfant d’Akua), et ce, jusqu’à aujourd’hui. Selon les régions et l’évolution des traditions, la poupée de fertilité doit être confectionnée par le père, le frère ou le compagnon de la future maman. Elle est portée à des dates précises ou déposée sur l’autel familial. Parfois offerte aux petites filles pour assurer leur fécondité à l’âge adulte, l’apparence de l’Akua Ba doit tendre vers la perfection pour donner naissance à un bel enfant.

La fête de la fertilité au Japon

Depuis près de 1500 ans, les Japonais fêtent le Honen-sai. Pour attirer fertilité et bonnes récoltes, ils se réunissent au temple de Tagata, au nord de Nagoya. Le 15 mars de chaque année, une foule de curieux et d’habitués assiste à la cérémonie irrévérencieusement surnommée le « Festival du Pénis ». À cette occasion, les fidèles sont témoins de l’exhibition d’une statue de 2,60 mètres de long, représentant un phallus géant. Sucettes, gâteaux, statuettes de forme phallique sont donnés en offrande, pour s’assurer fécondité et prospérité ou pour remercier les divinités d’avoir répondu aux prières par la naissance d’un enfant.

L’origine des œufs de Pâques et de la Saint-Valentin

Offrir des œufs durant la période du printemps coïncidant avec les fêtes chrétiennes de Pâques remonte à l’Antiquité. Représentation de la fécondité et du renouveau, les œufs de poule étaient déjà au centre des cadeaux chez les Perses. Les Grecs et les Romains suspendaient des œufs colorés dans les maisons et les offraient au mois de mars pour célébrer l’équinoxe de printemps, qui marquait le début de l’année. Inanimé à l’extérieur et pourtant porteur d’une nouvelle vie, l’œuf fut ensuite adopté par les chrétiens comme symbole de fertilité, de résurrection et de vie éternelle. Dans un registre différent, la Saint-Valentin, fêtée le 14 février, correspond aux Lupercales romaines, dédiées au dieu Faunus. Au cours de cet événement, les Luperques, vêtus d’une peau de bouc, poursuivaient autour du Palatin, en les flagellant, les femmes qui souhaitaient avoir un enfant dans l’année. Cette pratique était censée rendre les femmes fécondes.

Des arbres et des bébés

Attribué à Freyja, déesse de l’amour, de la beauté et de la fécondité, le gui faisait partie des plantes sacrées chez les Celtes. Réputé pour son pouvoir de guérison et de protection contre les poisons et les mauvais sorts, ce végétal était prisé des druides pour ses propriétés divines, favorisant la fertilité. C’est ainsi que les fiancés échangeaient un baiser sous le gui, présageant amour et longue lignée. Une autre plante symbolise elle aussi la fertilité : le noisetier. Diverses légendes et superstitions prêtent à cet arbre et à son fruit des vertus associées à la fécondité. Prolifique, le noisetier laisse s’écouler 9 mois entre l’apparition de la fleur et la maturité de la noisette. La rondeur de la coque protégeant un fruit tardif, rappelant le bébé dans le ventre de sa mère, ajoute à la symbolique. C’est pourquoi il était jadis de coutume d’offrir aux mariés des noisettes à la sortie de l’église, de les disposer autour du lit nuptial ou de les servir en dessert à la fin du banquet de mariage.

Un géant et une pierre trouée dans le sud-ouest de l’Angleterre

Quelques lieux de « pèlerinage » continuent d’attirer des couples déterminés à tenter toutes les démarches, même irrationnelles, pour atteindre leur rêve : concevoir un bébé. La région du Dorset, dans le sud-ouest de l’Angleterre, voit inlassablement converger des hommes et des femmes vers le Géant de Cerne Abbas. Célèbre pour son format gigantesque, cette silhouette humaine creusée dans la craie se distingue aussi par la taille de son érection. Il n’en fallait pas plus pour éveiller l’imaginaire et la superstition. D’après la légende, toute fille qui passerait la nuit près de lui deviendrait la mère de nombreux enfants. Un peu plus loin sur la côte britannique, c’est dans les Cornouailles que le Mên-an-Tol, un alignement de trois pierres dressées, défraye la chronique. Ici, le rite consiste à passer sept fois à travers le large trou de la pierre centrale les soirs de pleine lune pour être enceinte.

Une chaise miraculeuse à Naples

S’asseoir sur une chaise ne présente rien d’extraordinaire. En revanche, poser son séant sur la chaise de Sainte Marie-Françoise à Naples pourrait avoir une issue miraculeuse. C’est en tout cas ce dont sont convaincues d’innombrables candidates à la maternité, venues de toute l’Italie et même de plus loin. Après une attente qui peut être longue, une religieuse bénit le ventre de la femme assise à l’aide d’un crucifix contenant les reliques de la sainte. Le Saint-Esprit fait ensuite le reste…

Autres temps, autres mœurs. Après ce tour d’horizon des rites associés à la fertilité à travers le monde et les âges, parfois romanesques, souvent insolites, nous ne pouvons que nous réjouir des avancées de la science. Grâce au progrès technologique, les nouvelles générations ont vu se perfectionner les techniques de PMA, allant du don d’ovules et du don de sperme au protocole de l’autoconservation de la fertilité, en passant par les méthodes sophistiquées du diagnostic génétique préimplantatoire (DGP).