3 octobre 2017

L’évolution de la procréation médicalement assistée

Entre les premiers essais d’insémination artificielle pratiqués en Grande-Bretagne à la fin du XVIIIe siècle et la première greffe d’utérus fructueuse réalisée en 2014 en Suède, la procréation médicalement assistée (PMA) a connu de nombreux progrès. Les savoirs de plus en plus poussés, les méthodes de plus en plus sophistiquées, le matériel de plus en plus technique donnent aux personnes issues des nouvelles générations de multiples raisons d’espérer pouvoir devenir parents malgré les vicissitudes de l‘infertilité. Pour se rendre compte du chemin parcouru, concentrons-nous sur les avancées décisives de la recherche, de la science et de la médecine qui ont permis la remarquable évolution de la PMA.

De l’insémination expérimentale à la FIV : histoire d’une naissance

À la faveur des progrès en microscopie et des expériences menées sur des animaux, c’est vers 1791 que John Hunter, scientifique britannique, pratique la première insémination intraconjugale. Malgré la réussite de cette opération, il faut attendre plus d’un siècle pour que l’IAC (insémination avec le sperme du conjoint) gagne son statut officiel de traitement contre l’infertilité dans un couple. D’abord aux États-Unis, puis en Europe, des banques de sperme sont organisées, permettant la pratique de l’IAD (insémination artificielle avec le sperme d’un donneur). En France, c’est en 1973 que le Pr Netter et le Pr David fondent les deux premiers établissements du genre, qui fonctionnent sur le principe du volontariat, de l’anonymat et de la gratuité du don de sperme. De l’autre côté de la Manche, Robert Edward et Patrick Steptoe développent la technique de la FIV (fécondation in vitro), qui est couronnée de succès avec la naissance de Louise Brown le 25 juillet 1978 à l’hôpital d’Oldham, près de Manchester. La FIV revient à féconder en laboratoire les ovules maternels par des spermatozoïdes en vue d’obtenir des embryons, transférés dans l’utérus de la future maman par la suite. Stimulation ovarienne, prélèvement des ovules, passage des embryons dans un incubateur… sont quelques-unes des étapes de ce protocole désormais couramment utilisé.

FIV, transfert d’embryons, ICSI : des techniques toujours plus efficaces

En 1982, à Paris, le service du Pr Frydman voit naître Amandine, premier « bébé éprouvette » français. Puis c’est au tour de Zoé, en Australie, de démontrer les performances du transfert d’embryon à partir d’un embryon congelé, en mars 1984. Pour clôturer ces décennies de progrès spectaculaires, 1992 marque l’apparition de l’ICSI (injection intracytoplasmique) dans l’univers de la PMA, qui révolutionne la manière d’aborder la stérilité masculine. Basée sur la technique de la FIV (fécondation in vitro), l’ICSI consiste à injecter, sous contrôle microscopique, un seul spermatozoïde soigneusement sélectionné directement à l’intérieur de l’ovule, pour féconder ce dernier. Le premier « bébé miracle » français né de ce procédé, qui augmente le taux de fécondation, s’appelle Audrey et voit le jour en 1994.

Les méthodes du XXIe siècle

Du côté de l’Espagne, IVI fête en 1996 la venue au monde des premiers enfants fécondés à partir du sperme congelé prélevé dans le tissu testiculaire du père. Puis le pays accueille en 2002, grâce au diagnostic génétique préimplantatoire (DGP), le premier bébé issu d’un couple porteur de la fibrose kystique. Le DGP permet de détecter les maladies génétiques graves et incurables, après l’examen des cellules de chaque embryon. Un embryon qui ne porte pas l’anomalie génétique est transplanté, tandis que ceux porteurs de l’anomalie sont détruits. L’année 2003 conjugue prouesse et espoir, avec l’arrivée en pleine forme de la première petite fille conçue par un couple confronté au problème du SIDA. La fécondation a été réalisée in vitro après lavage du sperme du père, porteur du VIH. En 2006, le diagnostic génétique préimplantatoire est à nouveau à l’honneur, avec la naissance en parfaite santé d’un bébé dont les parents sont concernés par la lymphohistiocytose, une pathologie généralement mortelle qui affecte le système immunologique. Enfin, 2010 voit les projecteurs se braquer sur Juan, le premier enfant dont l’embryon a été sélectionné avec l’aide d’un embryoscope, un incubateur cinématographique de pointe optimisant le taux de réussite de la FIV.

PMA et maîtrise des facteurs biologiques

Grâce à la vitrification des ovocytes, la PMA fait un pas supplémentaire vers la libération des contraintes biologiques. Ce procédé de congélation ultra rapide donne l’opportunité de préserver l’intégrité des gamètes femelles et laisse entrevoir de nouvelles perspectives. En contournant l’impératif de synchronisation entre la maturité de l’embryon et la réceptivité de l’endomètre, la cryoconservation permet de s’affranchir de l’emprise du temps. Ainsi, il est possible pour les femmes de conserver leurs ovocytes, ceux d’une donneuse anonyme (don d’ovocytes) et même, depuis peu, leurs embryons, pour les utiliser au moment opportun.

La PMA et les évolutions de la loi à travers le monde

Dans un certain nombre de pays sur la planète, les recherches sur l’embryon ou les cellules embryonnaires sont interdites, ce qui empêche tout recours à la PMA. En Europe, la diversité des législations entraîne des prises en charge différentes. C’est ainsi que la France restreint l’accès à la PMA aux indications médicales. Ouverte aux couples hétérosexuels, stables et infertiles, la procréation médicalement assistée est assortie d’un âge maximal et ne s’adresse pas aux femmes ménopausées. L’Italie, la Norvège, la Suisse ou le Portugal se sont alignés sur cette position. A contrario, d’autres pays favorisent le recours à la PMA par choix personnel, comme les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni ou l’Espagne. Excluant toute discrimination liée à la sexualité ou à la situation matrimoniale, cette autorisation ouvre la porte de la procréation médicalement assistée aux couples hétérosexuels et homosexuels, ainsi qu’aux femmes célibataires, avec une seule limite : être en âge de procréer. Une grossesse après 40 ans est dans ces pays tout à fait envisageable.

À la veille de la révision des lois de bioéthique prévue en 2018 et après les déclarations du nouveau gouvernement, certaines restrictions juridiques semblent sur le point de connaître une avancée libérale en France. On pense notamment à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes (célibataires et couples homosexuels) et à l’autorisation du recours à la préservation de la fertilité.

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