26 août 2017

La congélation « sociétale » des ovocytes

Des études longues, la volonté d’atteindre une situation financière et professionnelle stable, un célibat assumé ou l’attente du partenaire idéal amènent de plus en plus de femmes à retarder l’âge de leur maternité. De nos jours, un désir de grossesse à 40 ans, après avoir réalisé ses projets et rempli ses objectifs personnels, n’a plus rien d’extraordinaire. Pourtant, on le sait, après 35 ans, le nombre d’ovocytes diminue inéluctablement et les risques d’infertilité grandissent. Être enceinte dans ces conditions devient plus délicat. Grâce aux avancées de la science et des techniques de PMA (procréation médicalement assistée), les femmes peuvent aujourd’hui avoir recours à l’autoconservation de leurs ovocytes. Bien qu’elle soit vue d‘un œil favorable par l’Académie nationale de médecine et possible dans de nombreux pays européens, la congélation « sociétale » des ovocytes, dite aussi congélation « de précaution », est encore interdite en France. Au regard de la loi de bioéthique, révisée en 2011, la congélation d’ovocytes n’est autorisée que dans le cadre d’une FIV (fécondation in vitro), en cas de don d’ovocytes ou en prévention de traitements médicaux ou de pathologies susceptibles d’altérer la fertilité (chimiothérapie ou endométriose sévère, par exemple).

 

Pourquoi avoir recours à la congélation « sociétale » des ovocytes ?

Congeler ses propres ovocytes dans le but de pouvoir les utiliser plus tard pour une fécondation in vitro (FIV). Pallier l’évolution naturelle de la fertilité, baissant significativement à partir de 35 ans, et plus encore après 40 ans. Augmenter ses chances de pouvoir concevoir un enfant, même tardivement, sans être soumise à la pression de son horloge biologique. Voilà ce que permettent les techniques de préservation de la fertilité, et en particulier le protocole de conservation « sociétale » des ovocytes. Interdite en France, cette méthode (considérée comme un acte de convenance personnelle) consiste à prélever les ovocytes d’une patiente et à les vitrifier (congélation ultrarapide). Au moment opportun, il sera possible de les utiliser pour obtenir une grossesse. L’âge idéal pour conserver ses ovocytes se situe vers 35 ans. Passé cet âge, la fertilité décline et les ovocytes de bonne qualité se raréfient. Quant à l’âge limite pour l’implantation des embryons, il tourne autour de 45 – 50 ans.

 

Quelles sont les étapes de la congélation « sociétale » d’ovocytes ?

Après s’être soumise à un test de fertilité pour femme, la candidate à l’autoconservation d’ovocytes effectue un bilan de santé, qui vise à écarter les possibilités de maladies infectieuses (ce qui inclut les hépatites B et C, ainsi que le sida). Le protocole de stimulation ovarienne peut ensuite commencer. L’enjeu est double : entraîner le développement de plusieurs follicules, en évitant une ovulation spontanée. Pour ce faire, un traitement hormonal est mis en place. Quand les ovocytes arrivent à maturité, ils sont ponctionnés sous anesthésie locale ou générale, avec guidage par échographie. Puis les ovocytes sont vitrifiés. Par la suite, lorsqu’elle le souhaitera, la patiente pourra demander la dévitrification (décongélation) de ses ovocytes, puis leur réimplantation après une fécondation in vitro effectuée avec du sperme provenant de son conjoint ou d’un don de sperme (pour les mères célibataires ou homosexuelles, ou en cas de stérilité masculine). De la première étape à la ponction finale, la démarche s’étale sur trois mois en moyenne. Le prélèvement d’ovocytes selon la législation en vigueur dans les différents pays qui autorisent ce procédé s’effectue en général jusqu’à 45 ans. Le transfert des embryons (les ovocytes fécondés) peut être réalisé jusqu’à 50 ans, si le risque de complications est écarté. C’est notamment le cas en Espagne.

 

Les techniques de congélation des ovocytes

Mettre toutes les chances de son côté en congelant ses cellules reproductrices pour repousser les limites de la fécondité est désormais envisageable grâce aux techniques de préservation de la fertilité. La vitrification des ovocytes offre aux femmes l’opportunité de retarder d’autant de temps qu’elles le souhaitent leur capacité à être enceinte, en conservant intact le potentiel de fertilité de leurs ovocytes. Après ponction, les ovocytes, au lieu d’être inséminés et fécondés, sont vitrifiés puis cryopréservés dans de l’azote liquide à -196 °C. L’avantage majeur de ce protocole est l’absence de formation de cristaux de glace lors de la congélation, ce qui assure un taux de survie très élevé des ovocytes et garantit les mêmes résultats cliniques que si des ovocytes « frais » étaient utilisés lors de la FIV. Parmi les techniques de vitrification, le procédé « Cryotop » est le plus novateur et le plus prometteur. Avec cette technique, le taux de survie des ovocytes atteint 97 % chez des patientes jeunes (< 35 ans), le taux de grossesse est de 65 % et le taux d’implantation de 40 %.

 

Une grossesse grâce à l’autoconservation « sociétale » des ovocytes

Les ovocytes peuvent être cryoconservés aussi longtemps que le souhaite la patiente. Quand le moment propice se présente, la future maman peut utiliser ses ovocytes. Le déroulement du traitement suit alors le protocole d’une FIV (fécondation in vitro) classique avec transfert de l’embryon. Les embryons surnuméraires peuvent être congelés pour un usage ultérieur. Les deux facteurs déterminant la réussite de cette technique demeurent l’âge de la patiente au moment du prélèvement des ovocytes et le nombre d’ovocytes congelés. Les études le prouvent : le nombre et la qualité des ovules capables de se développer suite à une stimulation ovarienne déclinent avec l’âge. À 30 ans, une femme peut obtenir 15 à 20 ovules après stimulation hormonale. À 40 ans, le nombre d’ovules obtenus est moins important, alors que le risque d’anomalies chromosomiques s’accroît. Pratiquée autour de 35 ans, l’autoconservation des ovocytes réduit le risque de fausse couche liée à la mauvaise qualité des gamètes vieillissantes et augmente les chances d’être enceinte après 40 ans. Ces chances dépendent en effet directement de l’âge des ovocytes, et non de celui de l’utérus.

Ainsi, on peut dire qu’après l’accès à la contraception et à l’IVG, la pratique de l’autoconservation « sociétale » des ovocytes en vue d’une fécondation in vitro constitue le stade ultime d’une procréation entièrement choisie pour les femmes désirant être actrices de leur maternité. Ce sujet crucial devrait faire partie des discussions de la prochaine révision de la loi de bioéthique française, qui s’ouvriront en 2018.

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